Repérer les foyers qui grelottent sans oser le dire, les aider à monter un dossier de travaux, financer des logements très sociaux : plusieurs dispositifs discrets de lutte contre la précarité énergétique vont s’arrêter. Le gouvernement a décidé de ne pas reconduire au moins cinq programmes financés par les certificats d’économies d’énergie (CEE). L’information, révélée par Politico le 28 octobre, a été détaillée le lendemain par Reporterre. Pour les ménages modestes qui comptaient sur cet accompagnement, la question est simple : qui va les aider demain ?
Plan de l'article
- Cinq programmes qui ne seront pas renouvelés
- Ce que faisaient ces dispositifs, très concrètement
- La justification du gouvernement : tout miser sur l’électrification
- Pourquoi l’accompagnement compte autant que l’aide
- Ce que les ménages modestes peuvent faire dès maintenant
- Un débat qui ne fait que commencer
Cinq programmes qui ne seront pas renouvelés #
Selon Reporterre, les programmes concernés sont Actee, Toits d’abord, Territoires zéro exclusion énergétique (TZEE), Slime et Tims. Un sixième, Bail Rénov’, pourrait suivre. La décision a été prise par Matignon après une réunion interministérielle le 24 septembre, alors que les structures porteuses avaient déposé leur demande de renouvellement. Ensemble, ces dispositifs représentaient environ 100 millions d’euros en 2026.
Ces programmes ne dépendent pas du budget de l’État au sens strict. Ils sont financés par les fournisseurs d’énergie, dans le cadre de leur obligation d’économies d’énergie. La liste officielle publiée par le ministère de la Transition écologique précise leurs porteurs et leurs échéances : Toits d’abord 2 (Fondation pour le Logement), TZEE, Tims et Bail Rénov’ arrivent à terme en 2026, tandis que Slime+ (porté par Cler solutions) et Actee+ (FNCCR et Ademe) courent jusqu’en 2027. Concrètement, il ne s’agit donc pas d’une coupure du jour au lendemain, mais d’une absence de suite une fois ces conventions échues.
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Ce que faisaient ces dispositifs, très concrètement #
Repérer et accompagner les foyers en difficulté
Slime et Tims, portés par le réseau Cler, s’adressent aux personnes en précarité énergétique : repérage des situations, visites, conseils, orientation vers les aides existantes. D’après Economie Matin, ils ont accompagné plus de 300 000 personnes. Tims porte sur la mobilité, Slime sur le logement. C’est souvent le premier maillon de la chaîne : un ménage qui ne se chauffe plus correctement, qui vit avec de la condensation sur les murs ou des factures impayées, n’entame pas seul une démarche de rénovation.
Produire des logements très sociaux
Toits d’abord, lancé en 2012, finance chaque année 400 à 500 logements très sociaux, à hauteur de 10 000 euros par logement, selon les chiffres de BFM Business repris par Economie Matin. Florian Huyghe, de la Fondation pour le Logement, y estime que « l’État a choisi, par cette décision, directement ou indirectement, de toucher aux plus précaires ».
Rénover les bâtiments publics
Actee accompagne les collectivités dans la rénovation énergétique de leurs bâtiments, notamment les écoles. Son directeur, Guillaume Perrin, cité par Economie Matin d’après franceinfo, parle d’un « contresens » qui « brise l’élan de rénovation au moment où le mandat municipal s’ouvre ».
La justification du gouvernement : tout miser sur l’électrification #
Le ministère de l’Énergie défend un recentrage des CEE. « On ne fait pas moins mais plus et mieux », assure-t-il dans les colonnes de Reporterre, en expliquant que les nouveaux dispositifs ciblent plus efficacement les ménages modestes. Cette décision s’inscrit dans la logique du plan d’électrification, qui privilégie le remplacement des chaudières fioul et gaz par des pompes à chaleur.
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Les associations n’y voient pas la même chose. « C’est priorité à l’électrification et rien d’autre », résume Marc Jedliczka, du réseau Cler, toujours dans Reporterre. Son inquiétude : les ménages bien informés sauront saisir les nouvelles aides, les autres, sans quelqu’un pour venir frapper à leur porte, ne les demanderont jamais.
Pourquoi l’accompagnement compte autant que l’aide #
Une chaudière remplacée dans une maison mal isolée et humide ne règle pas tout. Les logements les plus dégradés cumulent souvent les problèmes : ponts thermiques, moisissures, ventilation absente ou bouchée, menuiseries qui laissent passer l’air. Dans ces situations, l’ordre des travaux compte. Isoler sans ventiler peut aggraver la condensation, changer le chauffage sans traiter les fuites d’air fait grimper la facture.
C’est précisément ce travail de diagnostic et de priorisation que réalisaient les visites à domicile des programmes de repérage. Leur disparition progressive laisse un vide au moment où les ménages les plus fragiles abordent l’hiver avec des logements souvent froids et humides.
Ce que les ménages modestes peuvent faire dès maintenant #
Les programmes concernés restent actifs jusqu’au terme de leur convention. Un foyer déjà suivi par un conseiller Slime ou par une structure locale a donc intérêt à finaliser rapidement son dossier plutôt qu’à attendre.
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Pour les autres, la porte d’entrée publique reste le réseau France Rénov’, qui oriente gratuitement vers les conseillers locaux et les aides disponibles selon les revenus et le logement. Avant de signer un devis, quelques réflexes évitent les mauvaises surprises : faire établir un diagnostic du logement, vérifier que l’artisan est bien qualifié RGE, et traiter en priorité l’humidité et la ventilation si des traces de moisissures sont visibles.
Enfin, si les factures d’énergie deviennent ingérables ou si le logement présente des signes d’insalubrité (humidité persistante, chauffage insuffisant), le centre communal d’action sociale de la mairie et l’Agence départementale d’information sur le logement (ADIL) peuvent orienter vers les aides d’urgence et les recours possibles.
Un débat qui ne fait que commencer #
Les structures porteuses, qui avaient demandé le renouvellement de leurs programmes, contestent la décision, et la question de leur avenir avait déjà été posée par des députés dans des questions écrites à l’Assemblée nationale. Reste à savoir si les nouveaux dispositifs promis par le ministère parviendront à toucher ceux qui, aujourd’hui, ne demandent rien. Pour un logement plus sain et moins coûteux à chauffer, l’aide financière ne suffit pas : il faut aussi quelqu’un pour aider à la mobiliser.




