Avec le retour du froid, les traces sombres réapparaissent dans les angles des chambres, derrière les armoires ou autour des fenêtres. L’humidité dans le logement n’a rien d’un problème marginal, et un grand bailleur parisien vient de publier un bilan qui en donne la mesure. Le 26 octobre, Paris Habitat a fait le point sur son Plan Humidité : 600 signalements déjà traités, 800 encore en cours. Au-delà des chiffres, sa méthode éclaire ce que chacun peut faire chez soi, locataire comme propriétaire.
Plan de l'article
Un plan de 7 millions d’euros pour les logements touchés #
Selon le communiqué de Paris Habitat, le plan déployé depuis février 2025 dispose d’un budget de 7 millions d’euros en 2026. Son principe : répondre en priorité aux locataires confrontés à l’humidité, sans les laisser durablement exposés. Sur les quelque 1 400 dossiers enregistrés depuis mai 2026, 600 ont été traités et clôturés. Les 800 autres sont à différents stades : visite, chiffrage des travaux, intervention en cours ou étude technique complémentaire.
L’office rappelle que l’humidité est la pathologie la plus fréquemment observée dans l’habitat, quel que soit le type de logement ou son mode de gestion. Les statistiques publiques le confirment. Dans son tableau sur les défauts de confort des résidences principales, l’Insee indique que 19,5 % des ménages signalaient en 2020 des signes d’humidité sur certains murs, contre 20,7 % en 2013. C’est le premier défaut cité, devant le logement trop difficile ou trop coûteux à chauffer.
Une visite sous sept jours
La procédure mise en place par le bailleur est simple. Lorsqu’un locataire signale un problème, les équipes organisent une visite sous sept jours. Elle sert à analyser les causes et, si la situation ne peut pas attendre, à prendre des mesures conservatoires. Vient ensuite le diagnostic. Les gardiens et responsables de site ont été formés pour le réaliser dès la première visite, et un outil de suivi spécifique permet de piloter chaque dossier.
Intérieur ou extérieur : le diagnostic qui change tout #
C’est sans doute l’enseignement le plus utile du communiqué. Paris Habitat distingue deux grandes origines. D’un côté, l’humidité qui vient de l’extérieur, notamment par des infiltrations. De l’autre, celle qui se forme à l’intérieur du logement, par condensation, par manque de ventilation ou à la suite d’un accident comme un dégât des eaux. L’office qualifie cette distinction de « capitale » pour choisir la bonne intervention.
Le raisonnement vaut pour tout le monde. Une tache qui grandit après chaque pluie, au pied d’un mur ou sous une fenêtre, oriente vers une infiltration : c’est un problème de bâti, qui relève de travaux sur la façade, la toiture ou les menuiseries. Une buée persistante sur les vitres le matin, des moisissures dans les angles froids ou derrière les meubles collés au mur font plutôt penser à de la condensation : l’air intérieur est trop chargé en vapeur d’eau et celle-ci se dépose sur les surfaces les plus froides.
Les travaux privilégiés
Depuis le lancement du plan, les chantiers portent surtout sur trois points : le renforcement de l’isolation thermique par l’intérieur, la rénovation des ventilations mécaniques et le rétablissement ou l’amélioration de la ventilation naturelle. Quand le problème dépasse le logement, l’intervention peut s’intégrer à une réhabilitation plus large de l’immeuble. On retrouve là le duo classique contre la condensation : des murs moins froids et un air renouvelé.
À lire Baromètre Qualitel 2026 : un Français sur deux se sent bien logé, ce qui fait la différence
Pourquoi le phénomène progresse #
Paris Habitat avance trois explications. La première tient au bâti lui-même : l’âge des immeubles, leur histoire et leur forme. La deuxième concerne les modes de vie : une présence accrue dans les logements, associée à certaines habitudes quotidiennes, peut augmenter le taux d’humidité sans qu’on s’en rende compte. La troisième est climatique, avec des étés plus chauds, des pluies d’hiver plus intenses et des sols qui peinent à absorber l’eau.
Le deuxième point mérite qu’on s’y arrête. Cuisiner sans hotte, prendre des douches longues porte fermée, faire sécher le linge dans une pièce close ou boucher les entrées d’air pour éviter les courants d’air : chacun de ces gestes ajoute de la vapeur d’eau dans un air qui ne se renouvelle pas.
Ce que l’on peut faire chez soi dès cet automne #
Sans attendre de gros travaux, quelques réflexes limitent la condensation. Ouvrir grand les fenêtres quelques minutes chaque jour, y compris en hiver, renouvelle l’air sans refroidir durablement les murs. Laisser libres les grilles d’entrée d’air au-dessus des fenêtres et nettoyer régulièrement les bouches de la VMC dans la cuisine et la salle de bains permet à la ventilation de faire son travail. Décoller légèrement les meubles des murs extérieurs évite de créer des zones froides où l’humidité se dépose.
Si le problème persiste malgré ces gestes, ou si l’origine semble extérieure, il faut le signaler. Pour un locataire, c’est le bailleur qui doit être prévenu, par écrit et photos à l’appui, en précisant depuis quand le problème existe. Pour un propriétaire, un diagnostic par un professionnel permet d’éviter les solutions de façade, comme une peinture anti-humidité posée sur un mur qui continue de prendre l’eau.
Un sujet de confort et de santé
Le bailleur parisien le rappelle : l’humidité touche à la fois le confort de vie et la santé. Le bilan de son plan montre qu’un traitement efficace commence par un bon diagnostic, et que les solutions durables passent presque toujours par l’isolation et la ventilation. Chez soi, observer où et quand apparaissent les traces reste le premier pas pour agir au bon endroit.




