Il est invisible, inodore, et c’est pourtant la première source d’exposition des Français à la radioactivité. À l’occasion de la Journée européenne du radon, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) vient de publier un état des lieux qui mérite qu’on s’y arrête : selon le bilan de l’ASNR, le radon représente 55 % de l’exposition moyenne de la population métropolitaine aux rayonnements ionisants, soit 3,9 millisieverts par an, loin devant l’imagerie médicale. Et la bonne nouvelle, c’est que nous sommes précisément dans la fenêtre idéale de l’année pour le mesurer chez soi.
Plan de l'article
Un gaz naturel qui s’invite par le sol #
Le radon n’a rien d’une pollution industrielle : c’est un gaz radioactif d’origine naturelle, issu de la désintégration de l’uranium présent dans la croûte terrestre, surtout dans les roches granitiques et volcaniques. Il remonte du sol et s’infiltre dans les maisons par les fissures de dalle, les portes de cave, les passages de canalisations.
Dehors, il se dilue et ne pose aucun problème. C’est en s’accumulant dans un logement mal ventilé qu’il devient dangereux : respiré à forte concentration sur de longues durées, il augmente le risque de cancer du poumon. L’ASNR rappelle qu’il en est la deuxième cause en France, derrière le tabac, avec environ 3 000 décès par an — et que l’association tabac-radon multiplie encore le risque.
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Votre maison est-elle concernée ?
Impossible de le deviner. L’exposition varie fortement d’un logement à l’autre, y compris dans une même rue : elle dépend de la géologie, du soubassement, de l’étanchéité de la dalle, du système de ventilation et même des habitudes de chauffage et d’aération. Deux maisons voisines peuvent afficher des concentrations sans rapport.
La seule façon de savoir, c’est de mesurer. Et c’est à la portée de tout le monde : un ou deux détecteurs à poser dans les pièces de vie principales — salon, salle à manger, chambre — au rez-de-chaussée, pendant au moins deux mois. La période de pose recommandée court de la mi-septembre à la fin février, quand les fenêtres restent fermées : nous y sommes en plein. Comptez entre 25 et 45 euros par détecteur, d’après l’ASNR.
Les campagnes locales se multiplient en ce moment #
Le début de la saison de chauffe est aussi la saison des campagnes de dépistage. Dans le Berry, une nouvelle campagne de mesure vient d’être lancée dans plusieurs communes du Cher et de l’Indre, rapporte Le Berry républicain. La Nouvelle République précise que trente-trois communes de l’Indre sont classées en zone de potentiel radon élevé. Des initiatives comparables, souvent avec des kits gratuits ou des réunions publiques, fleurissent cet automne dans de nombreux départements : renseignez-vous auprès de votre mairie ou de votre communauté de communes.
L’ASNR profite d’ailleurs de la semaine pour organiser un jeu-concours du 4 au 9 novembre, avec trente kits de mesure à gagner — une façon de rappeler que le premier geste de prévention tient dans un petit boîtier posé sur une étagère.
Que faire si la mesure est élevée ?
Le niveau de référence est fixé à 300 becquerels par mètre cube d’air. En dessous, pas d’inquiétude particulière. Au-dessus, l’ASNR conseille d’agir, et les premières actions sont étonnamment simples : vérifier et entretenir la ventilation, aérer davantage, colmater les voies d’entrée du gaz — porte de cave, fissures du sol, passages de canalisations.
Ce n’est qu’au-delà de 1 000 becquerels par mètre cube que des travaux plus lourds s’imposent, avec l’appui d’un professionnel qui réalisera un diagnostic du bâtiment : étanchéité de l’interface sol-bâtiment, mise en surpression ou drainage sous la dalle.
Un réflexe à intégrer dans sa routine « maison saine » #
On surveille le monoxyde de carbone au moment de rallumer la chaudière, on traque l’humidité et les moisissures sur les murs froids : le radon mérite la même place dans la panoplie de l’air intérieur, surtout si vous vivez dans une région granitique — Bretagne, Massif central, Vosges, Corse — ou si votre maison est ancienne, sur cave ou sur terre-plein.
La démarche tient en trois temps : mesurer cet hiver, comparer au niveau de référence au printemps, et corriger si besoin, presque toujours en commençant par la ventilation. Un détecteur à quelques dizaines d’euros, deux mois de patience : rarement un geste de prévention santé aura demandé aussi peu d’efforts pour un enjeu aussi sérieux.
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